Histoire de Corbès

L’histoire connue de Corbès est mêlée à celle de son patrimoine.
En 1345, on note le nom de la « Parochia di Corbessio » ce qui signifie qu’il y avait un prieuré à Corbès durant le Moyen-âge. On pourrait penser que l’église Saint Michel de Corbès a été fondée par des moines venus d’Aniane qui s’étaient implantés à Lasalle (d’où le nom Mas de la Salle???) et qui ont ensuite essaimé dans toute la région. On pense qu’ils ont, comme c’était toujours le cas, défriché les terres aux alentours et crée un prieuré.

En 1564, La Réforme s’introduit à Corbès et y ruine l’édifice religieux. En 1674, on note la construction d’une petite chapelle à coté de l’Église. Dès l’an 1685, tous les habitants de la paroisse de Corbès ont embrassé la religion catholique, apostolique et romaine.
En 1704, les habitants se déclarent ouvertement pour les camisards, ainsi le 27 août 1704 le village fut pillé et brûlé, après une échauffourée – en réalité une vrai bataille – entre les hommes de Roland et les troupes royales qui fusillèrent, 20 rebelles. L’un des habitants, Claude Mailhé, fut pendu au mois de mai 1705 pour avoir fait passer au rebelles l’argent qu’il recevait à cet effet de Genève.
L’Église est abandonnée à cause du danger d’y célébrer le culte. 100 ans plus tard en 1808 l’Eglise est déclarée apte à devenir un temple.

Le cadet Mailhé, combattant camisard, est mort voilà 300 ans

Né en 1678 au Mas de la Salle à Corbès, Jean Mailhé était le fidèle lieutenant et le beau-frère du chef camisard Rolland. Il fut exécuté à Nîmes le 16 août 1704. Fils d’un couple d’agriculteurs de Corbès, Jean Mailhé a sept ans lors de la révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Depuis six ans, la répression est terrible dans les Cévennes. Des soldats de Louis XIV sont logés chez les habitants et les persécutent pour les contraindre à abjurer leur religion. Sous la répression, les nouveaux convertis se compte par centaines. Jean Mailhé grandit donc dans ces tragiques circonstances, comme la plupart des chefs camisards.
 


Le 24 juillet 1702, une petite troupe assassine l’abbé du Chaila au Pont de Montvert. C’est le début d’une insurrection qui durera jusqu’en septembre 1704. Pendant ces évènements de 1685 à 1702, des prophètes se sont manifestés, surtout des jeunes gens et des jeunes filles de condition modeste et souvent illettrés; on les a surnommés, les inspirés, les fous de Dieu ou les fanatiques.
Considéré par Mazel comme un “inspiré”, le cadet Mailhé s’engage aux cotés de Rolland. Entre eux, naîtra une amitié indestructible, Mailhé étant le fidèle lieutenant et bientôt le beau-frère du chef camisard. Jean participe entre autres à l’incendie de l’église de Corbès le 10 janvier 1703. Les camisards reviennent sur la commune le 16 janvier, pour brûler la maison voisine du prieur.
Durant l’année 1703, les combats et escarmouches se succèdent. Le 29 janvier 1704, le cadet Mailhé participe à l’attaque que Rolland lance contre le lieutenant général de Lalande, sur la falaise qui domine l’actuel moulin de Corbès. Tout au long du mois de juin 1704, il représente Rolland au cours des tractations entreprises par le maréchal de Villars pour obtenir la reddition des insurgés. Mais Rolland reste inflexible.
Le 13 août 1704 à l’aube, Rolland, accompagné du cadet Mailhé et de huit de ses hommes, quitte les bois de Montvaillant, à Thoiras, pour rejoindre le château de Castelnau Valence. Sa femme, Marthe Bringuier de Cornély, et la femme de Jean, Catherine Bringuier de Cornély, tous les quatre mariés au Désert, les attendent au château. Mais les dragons sont là et les surprennent. Rolland est tué dans sa fuite et Jean est arrêté. Il meurt sur la roue. Les exécutions ont lieu à Nîmes le 16 août, sur l’esplanade.

Le cadet Mailhé est mis sur la roue et meurt dans d’atroces souffrances dont il ne laissera rien paraître, exhortant même les présents par des chants et des prières. Il a 26 ans. Au delà du souvenir, l’action de Jean Mailhé et de ses compagnons s’inscrit dans une dynamique de désobéissance civique et de conquête de la liberté de conscience. En Cévennes, selon le mot de Charles Bost, « c’est à se demander si la piété des habitants n’a pas façonné le paysage lui-même ».